Moi. Vers la fin.

Le temps. Au début, il s’étirait. J’avais le temps de le prendre, doucement. À la recherche de mon « spot », mon coup de coeur Sud Africain, je voguais lentement. Pour prendre le pouls de chaque endroit, observer, sentir, même si ce n’est au fond qu’effleurer. Puis soudainement, à mi-parcours, réaliser qu’il me file entre les doigts, qu’il déferle aussi vite que l’eau dans les centaines de chutes que je croise sur mon chemin. Il me défie de tenter de garder mon rythme à moi, alors que lui n’en fait qu’à sa tête. Me poussant dans le dos ou me donnant l’impression que j’ai toute la vie pour naviguer. 

À deux jours de mon retour, je reste dans cet état ambivalent. La hâte et l’envie d’en voir plus, le désir de simplement me poser et profiter du temps libre, slow mo, de me sentir en vacances. Et à la fois, le regard qui se tourne vers mon retour au Québec, le ski, les gens que j’aime, mon filleul qui, du haut de ses quelques semaines, ne ressemble déjà plus à celui que j’ai rencontré. Être au loin, être avec moi-même, ça me fait parcourir beaucoup de chemin, dans tous les sens du terme. Rien ne sert de calculer les kilomètres réels, ils ne donneraient de toute façon pas un portrait véritable du parcours intérieur. La richesse de la prise de recul. Prise de recul sur ma vie, mon travail, notre société, mes relations, mes craintes, mes choix, mes voyages... Et là j’hésite à rédiger publiquement les résultats de mes prises de conscience! Vous m’offrirez d’aller prendre un café, et on en jasera ;) 



Chose certaine en tout cas, je bénéficie grandement de ces expériences, en solo, au loin. Je sens ma créativité se rallumer, j’ai des idées, des rêves, des projets plein la tête et le coeur. Des idées pour aider mon prochain, contribuer à faire de notre monde un monde plus humain, plus chaleureux, plus ouvert, plus solidaire. J’ai le coeur rempli d’amour pour ma famille, mes amis, dont je mesure l’importance dans ma vie, d’ici. Précieuses, précieuses toutes ces personnes qui ponctuent mon quotidien par leur présence physique ou virtuelle, chacun avec sa propre couleur, dans une toile relationnelle éclatante. Dans ce voyage, je chemine aussi avec ambivalence dans ma relation avec les autres voyageurs. Je me sens une tendance à rechercher la solitude, ma petite bulle que je ne m’accorde pas assez souvent chez moi. À fuir les discussions futiles, les rencontres de surface... Pourtant, ma curiosité et mon ouverture m’amènent souvent à laisser entrer de nouvelles connaissances dans ma toile. À ouvrir grand mes oreilles et mon coeur à cette fille qui vient de se faire planter là. À discuter passionnément de la beauté de la mixité et des particularités culturelles, de ma langue et de celles des autres, de l’apprentissage. À partager des repas, des activités jusqu’à ce que ma bulle reprenne son espace, faisant émerger une immense besoin d’indépendance, d’autonomie. Je réalise que c’est un des éléments qui m’a fait choisir de poursuivre seule ce périple: je déteste ce sentiment de me sentir dépendante de quelqu’un. Surtout d’un étranger. Ouf, ma liberté. Aussi importante que le monde est vaste. Ici, bien des gens savent ce qu’elle vaut cette liberté. À savoir, un peuple qui a été encouragé à supporter l’Angleterre pendant la Seconde Guerre mondiale, à lutter pour la liberté de l’Europe, alors qu’il prenait à peine conscience qu’il ne jouissait lui-même pas de cette liberté dans son propre pays. Liberté. Un mot qui porte tant d’Histoire, tant de chapeaux. 


Une part de ma liberté passe par ma solitude. C’est ma façon de me permettre du temps pour moi, de me connecter à moi-même, de m’écouter réellement. Je n’ai pas toujours besoin d’un mois complet pour ça, parfois, seulement quelques minutes suffisent... mais elles sont essentielles pour je sache ce dont j’ai vraiment envie, que je prenne les bonnes décisions, que je prenne conscience de mes sentiments réels. Sinon, les besoins, les envies et les idées des autres prennent le dessus sur les miens... pour le meilleur ou pour le pire! 



Voilà, c’est quand même un pas pire d’apprentissage sur moi-même ça! 





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