Octobre. Le vrai retour.
Octobre. Je suis finalement atterri dans ma vie d’ici. Lentement, très lentement, je me suis déposée. De Montréal à Bonaventure, avec des retrouvailles intenses, nombreuses, chaleureuses, émouvantes. J’ai vécu un retour rempli d’amour. Je me suis raconté, j’ai raconté le Cameroun. Du moins, celui que j’ai vécu. J’ai raconté mon mandat. Mais j’ai mis du temps à intégrer mon expérience. Celle du cœur, la profonde, celle qui touche pour vrai, celle qui marque, celle qui se raconte difficilement. L’expérience humaine, émotionnelle, émotive.
En juillet, j’ai atterri. En octobre, je suis atterri.
Je suis revenue. Mais je ne reviens pas de tout. Mon cœur s’est grand ouvert au Cameroun. Ouvert à l’autre, à des histoires de vie. Par saine curiosité. Il n'est pas revenu indemne.
J’ai rencontré beaucoup de monde dans ce pays, mais je n’ai vraiment connu que quelques-uns.
Être à l’étranger, dans un environnement dans sa langue maternelle, ça ouvre des portes. Ça m’a ouvert celle des vraies rencontres. À travers tous ces gens côtoyés, j’ai eu envie de créer des amitiés, des liens vrais. D’aller en profondeur. J’ai provoqué des rencontres face à face, où les cœurs se parlent avec autant de force que les mots. Où les larmes, pourtant taboues dans ce pays, prennent leur juste place. Où les regards en disent plus long sur la compréhension profonde que les phrases formulées.
J’ai ramené avec moi les drames et les traumas de mes amis. Les vies écorchées par les abus de toutes sortes, par l’instinct de survie, la méfiance, l’injustice, la guerre, les deuils.
Dans ma tête, la corruption institutionnalisée, les défaillances du système, le manque de filet social ont maintenant des visages. Des victimes.
Dans mon cœur, des petites failles ont pris place.
Mais.
J’ai aussi ramené la résilience, l’espoir, la beauté, les couleurs, la confiance de certains d’entre eux.
Les sourires.
Leçon d'humilité.
...
Depuis mon retour, je n’ai que gratitude. Gratitude pour l’endroit où je vis. Gratitude pour la mer, la forêt, les montagnes, les grands espaces, l'air pur. Pour la bienveillance de mon entourage et le réseau social sur lequel je peux compter. Gratitude pour ma famille, mes amis. Gratitude pour la paix sociale, les systèmes de droits, de santé, d’éducation. Gratitude pour ma liberté. Gratitude de marcher seule, le soir, dans les rues de mon village, sans crainte. Gratitude d’être née en Gaspésie. Gratitude pour tous mes privilèges.
Je suis gratitude.
Bienvenue chez-toi ma belle amie! Et merci pour tes bons mots. Jako xx
RépondreSupprimerMerci Jako! :)
SupprimerQuelle expérience ma foi! Merci de nous raconter tout ça et effectivement nous faire réaliser à nous aussi toute la gratitude pour notre vie! Je comprends ton hyper vigilance d’un endroit où même ton enveloppe choc! Bon retour! Repose toi bien et dépose toi dans les racines de ton pays où tout est là pour t’apaiser! Au plaisir de te voir et de se raconter! Xxx Cathy
RépondreSupprimerAvec plaisir, merci pour tes bons mots!
Supprimer🫶❤️🩹
RépondreSupprimerSalut Laurence, merci pour ce partage. Je suis avec l'IBCR au Costa Rica et j'ai encore toujours le réflexe de garder ma monnaie, comme au Cameroun, alors que le pays ici déborde de monnaie (qui en plus pèse une tonne). J'ai amené des jupes du Cameroun qui sont ici, bien trop longues mais alors vraiment vraiment trop longues. J'ai mis un pantalon hier pour aller travailler dans lesquels j'ai retrouvé des billets de banque du Cameroun en bouillie. Je ne suis pas non plus, sortie de cette expérience indemne. Je fais actuellement une collecte pour le comité social a Yaoundé, Pascal Modo ira dans les communautés éloignées au prochain Noel c'est 20 dollars par enfant pour leur fête de Noel. Si tu connais des gens que ca intéresse, pas de faux frais ! J'ai déja ramassé 400 dollars mais on a un objectif de 750. J'ai le projet écrit pour les personnes qui voudraient le voir et éventuellement y contribuer. Moi aussi j'ai rencontré des gens au Cameroun que je n'oublierai jamais, dont toi. Mais je reste aussi avec une grosse peine, du fait de la pauvreté et de l'immobilisme du gouvernement. Bonne continuation dans ta nouvelle vie professionnelle. Je suis ici au Costa Rica et j'ai un hide a bed dans l'appartement. Pour toi ou des amies et amis fiables, bisous, xxx
RépondreSupprimerChère Anne! Je suis certaine que le Costa Rica fait du bien à ton coeur! Je te trouve incroyable (et vraiment admirable) de continuer de t'impliquer auprès de tes partenaires et amis du Cameroun alors que tu poursuis d'autres projets ailleurs! Ça ne me surprend pas de toi du tout! :) On se tient au courant de tout ça! xxx
SupprimerBon retour chez toi. Le cœur ♥️ des fois lourd des difficultés que tu as côtoyées et le cœur ♥️ aussi plein des humains au cœur tendre et à l’âme résilience qui t’ont ouvert la porte de l’amitié, de la franchise, à cœur ♥️ ouvert. Quelle richesse ! Quelle expérience humaine inoubliable, indélébile. Que ta force soit toujours avec toi, grandissant sans cesse. Qu’est ce que ça va être dans 10, 20, 30 ans ? Je l’imagine même pas.
RépondreSupprimerFrancinette dont un coin du cœur est resté gravé par l’Afrique de l’Ouest, l’Amérique latine et l’Asie dans une moindre mesure.
Je suis convaincue que ces marques sur ton coeur l'ont fait grandir encore plus ! :) xx
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