Juin. Fin et retour.

Puis, juin. 


Juin m’attendait dans toute son intensité. Chaque année, c’est un mois qui me rentre dedans. L’été qui arrive trop (ou pas assez) vite. Les événements qui se multiplient. La pêche au saumon qui commence. Les trails de vélo de montagne qui sont prêtes. L’effervescence de l’été, de la chaleur, des baignades précoces… Tout ça sur fond de fatigue de fin d’année scolaire, de « rush » avant d’enfin relâcher un peu. 

 

Ce juin-ci, ne ressemble pas à ça. Mais il me rentre dedans plus fort encore. 


En son centre : la malaria. Et autour : une fin de mandat et la clôture de cette grande aventure de vie au Cameroun. 

 

En pleine rédaction de mon guide de formation « Éducation inclusive : culture et pratiques

pédagogiques », alors que ma tête en est à se demander comment je vais arriver, en trois semaine, à finaliser la rédaction, à réviser et à corriger le contenu du guide et des outils d’animation, à planifier et procéder à l’étape de bonification par un panel d’acteurs du milieu, à faire valider l’ensemble par Mme Le Ministre des Enseignements Secondaires… Mon corps, lui, se met à m’exiger de longues siestes en pleines journées. Ce n’est pas dans mes habitudes. Ça m’inquiète un peu. Bon c’est pas la première fois depuis mon arrivée au pays : quelques indigestions m’ont forcée au repos. Mais cette fois, il n’y a pas d’indigestion. Juste une grande fatigue. 

 

Quelques tests rapides et prises de sang plus tard, le verdict est clair : c’est la malaria. (À tous ceux qui se disent « ben là, Laurence, tu n’as pas pris le vaccin ?! » : il n’y a pas encore de vaccin offert aux voyageurs pour protéger de la malaria. On peut prendre une médication en prévention, et pour plusieurs (bonnes) raisons, je ne l’ai pas prise.) 

 

Donc juin. « Out of service » pendant deux semaines. Non fonctionnelle. 

 


Début : médication, intraveineuse, douleurs, nausées, vomissements, yeux injectés de sang, fièvre, barre dans le ventre. Y a au moins 10 trains qui me sont passé sur le corps. Faut que ça arrête.

 

Hospitalisation : Intraveineuse, échographie du foie, pas de nouvelles, hépatite grave, craintes, perte de confiance aux services de santé, attentes de résultats, incompréhensions, 10 lbs en moins. Chambre sale, inconfort, pas d’eau en bouteille, pas de moustiquaire sur mon lit. Protocole (trop) stricte, menaces financières, faux refus de traitement, abus de pouvoir, méfiance, diplomatie. Ange gardien. Je veux retourner chez moi.

 

Retour chez moi : Médication. Manque d’appétit, fatigue, brouillard mental, stress. Faut que je finisse mon mandat.

 

Pendant ce temps au Québec : inquiétudes, bienveillance, soutien familial, soutien médical. Je me sens loin. Et eux aussi. 

 

Quand j’émerge, il me reste une semaine pour finir mon guide et le valider, pour compléter mes rapports de fin de stage, pour saluer mes collègues et amis, faire mes adieux à certains, boucler mes bagages, clore mon expérience. 

 



J’ai réussi. En puisant dans ma volonté et ce qui me reste
 d’énergie, en sélectionnant très précisément les aliments que j’ingère, en ciblant l’essentiel, en m’entourant le mieux possible. En lâchant prise, aussi. 


 

Lors de mon dernier week-end, je pousse même jusqu’à honorer mon engagement d’aller au mariage du frère du mon amie, à l’extérieur de la ville. Une occasion de vivre une dernière expérience culturelle (d’attentes interminables, mais aussi de fête et de danse), de passer du précieux temps avec des personnes significatives dans ma vie camerounaise. Une occasion aussi, d’apprendre à gérer mes limites, à les respecter et les faire respecter, alors que je n’ai de contrôle sur pas grand-chose. Différences culturelles, profondes. Tout un chapitre possible là-dessus! 






 

C’est la veille de mon départ, alors que je n’y crois presque plus, que je reçois un appel pour me convoquer (dès maintenant) pour rencontrer Mme Le Ministre des Enseignements Secondaires. Là, là. Robe longue, cheveux attachés, chaussures fermées. Impression du guide en couleur. Et hop, trafic, trafic et re-trafic en direction du ministère. 

 

Mme Le Ministre a validé mon guide. Signé l’avant-propos. A demandé à la directrice de planifier le déploiement du guide et des formations dans l’ensemble des écoles secondaires du pays, dès la prochaine rentrée scolaire. Je vous épargne les défis anticipés et les embuches possibles pour parvenir à mettre en œuvre tout cela et malgré lesquels, je suis fière du travail accompli. 

 


Sur le qui-vive jusqu’à la dernière seconde : se profile enfin mon départ. 


Soupir de soulagement quand l’avion décolle et que je quitte le pays sans nouvelle embuche. Je réalise l’ampleur de mon hypervigilance constante des derniers mois. De la méfiance ambiante qui a réussi à m’atteindre. Adios amigos ! "On est ensemble", mais je ne reviendrai pas. 


 

Je suis prête à partir. Vraiment prête à rentrer à la maison. 


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Montréal est calme, propre, structurée. La fille d’un petit village gaspésien de moins de 3000 habitants qui trouve Montréal apaisante, c’est une première. Les gens sont gentils et cordiaux partout. Les sourires sont abondants. Je ne m’attends soudainement plus à me faire engueuler pour rien, à me faire interpeler pour seul prétexte la couleur de ma peau. Je calme tranquillement ma vigilance et me permet même de marcher sur la rue, mon cellulaire à la main…! Je suis ailleurs. Je suis à la maison. 

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