Destination. Afrique du Sud.


Chère Afrique du Sud, 
Tu commence à être un peu plus facile, il était temps! C’est pas que tu sois si compliquée, mais j’ai peut-être pas choisi le chemin le plus simple. J’apprends, j’apprends... T’inquiète, je ne cesse d’apprendre! Quand même, il était temps que tu me facilites un peu la tâche. Depuis mon arrivée, j’avais l’impression que pour chaque moment de pur bonheur, de gratitude, de « marcher dans la rue en souriant pour rien » que tu m’apportais, tu me renvoyais un lot de défis à surmonter. 

Si ce n’était pas la solitude qui pesait par moment, c’était la complexité de tes transports, ou le manque d’hébergement bon marché en cette fin d’année scolaire. Ou encore, c’était (et c’est encore!) ton climat d’insécurité qui m’empêchait de me balader librement... Mais je m’y fais, tranquillement, et ça devient plus fluide. J’ai rejoint un secteur plus touristique, ça aide! J’évite les villes, je choisis les villages. Et je commence à rencontrer quelques autres voyageurs. Tu as même mis sur mon chemin d’autres trentenaires, voyageuses en solo. Ça nous a bien fait rire de chercher un bar for older people dans la capitale du Spring Break version Sud-Africaine...! 


Et le sentiment de solitude s’estompe. J’ai même de plus en plus souvent envie d’être seule. Je me lasse des rencontres éphémères entre voyageurs. Et ici... ce n’est pas que tes gens ne soient pas gentils, au contraire, je rencontre des gens chez toi qui sont particulièrement avenants, contents de faire ma connaissance, curieux, toujours prêts à me donner un coup de main... mais. Mais, je réalise que la plupart des contacts prennent une tournure nébuleuse. OK, ok, Afrique du Sud, je ne vais pas généraliser à tous, je précise: les contacts avec les hommes. Après l’introduction très friendly, chummy-chummy et easy going, s’installe souvent le doute... Opportunisme? Pure gentillesse? Intentions malsaines? Plus on devient gentil, mielleux, proactif à m’aider, à m’inviter et plus je deviens perplexe, distante, froide. 

Peut-être, Afrique du Sud, que je passe à côté de belles occasions, mais tu m’effraies encore un peu trop. Je suis sur mes gardes et je me fie surtout à mon intuition... avec plus de prudence qu’à l’habitude. Moi qui ai plutôt tendance à croire que tout-le-monde-il-est-gentil, je pense plus souvent aux exceptions ici! Ma mère sera sûrement contente de voir que je ne te fais pas si facilement confiance!


Alors non, Afrique du Sud, je n’arrive pas à me laisser aller complètement avec toi. Je t’observe, mais je ne te comprends pas encore. Tant de choses que je n’arrive pas à saisir dans tes multiples facettes. Je sais, tu as toute ton histoire. Certes, tu as une belle diversité. Mais tes classes de gens, basées principalement sur la couleur de la peau, ça me dérange. Tu me déranges! Tu me déranges avec tes trop riches et tes trop pauvres. Avec tes trop pauvres, dans les township, en haut de la colline, qui ont une vue sur tes merveilleuses plages, tes lagons bleus, tes vagues et .... tes maisons, tes villas et tes domaines épouvatablement luxueux. Ça me dérange que ce soit normal. Ça me dérange de pas savoir si toi, ça te dérange. Si ça dérange tes blancs ? Tes noirs? De ne pas voir et savoir si tu as le goût que ça change. Je sais, tu construis des maisons dans certains township. C’était une promesse. Mais à quel rythme? Desfois, c’est joli de laisser les promesses voguer dans l’air du temps, hein? Donc oui, malgré la fin officielle de la ségrégation légale, tes disparités raciales trop visibles, ça me dérange... 


Quand même, tu évolues. Au moins, tu évolues. Si tu étais la même qu’il y a 20 ans, quand Jonas, à 18 ans, tout juste après sa circoncision - heureux événement signifiant son passage d’enfant à homme - se faisait tabasser presqu’à mort et se cachait quelques semaines pour éviter la suite, pour la simple raison de s’être baladé avec une blanche... si vraiment, tu étais encore comme ça, je te détesterais. 

Pour le moment, tu me laisses parfois froide. Tu m’éblouies souvent. Tu me choques. Tu me fais réfléchir. Tu me fais grandir. C’est sûrement pour ça, que je viens à ta rencontre. Merci, Afrique du Sud, je vais continuer à découvrir tes beautés naturelles qui comblent mes besoins d’aventures. Mais s’il-te-plaît, ne m’en veux pas si je continue de préférer l’Asie du Sud-Est. Je pense qu’une partie de mon coeur y est! 




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