Destination. Cameroun. Atterrir.




Yaoundé. Après deux semaines ici, je ne suis pas encore certaine de ce que je pense d'elle. La poussière, la pollution de l’air, les déchets partout, l’odeur d’urine. Bienvenue!
 
Pourtant, en sortant de l’aéroport, j’avais déjà le sourire aux lèvres. Je dis bien en sortant de l’aéroport, car, ce sourire, il n’est arrivé qu’une fois bien assise, tous les bagages à bord, dans le véhicule du programme. Avant ça, j’ai attendu mon chauffeur plusieurs minutes. J’ai eu le temps d’attendre mes bagages pendant au moins deux éternités, de sortir dehors, ne pas le voir, rentrer, ne pas le voir, ressortir, attendre, rentrer par une autre porte, ressortir par la première, attendre, refuser des tonnes de taxis, attendre, réussir à me connecter au chambranlant wifi gratuit et l’appeler sur WhatsApp avant d’être rassurée que je n’aurais pas à me débrouiller toute seule. Donc, ce n’est qu’une fois bien assise et en route, après ma première expérience de « l’heure camerounaise », que les commissures de mes lèvres ont esquissé un sourire.  

Je voyais défiler, le long de l’autoroute, des étals de nourritures et de produits à vendre, les effluves des grillades se rendaient à moi aussi bien que la musique trop forte qui sortait des speakers bons marchés. J’avais retrouvé le chaos des routes sans règle : motos, camions et voitures se frayant leur chemin à coup de klaxons en zigzagant à travers les obstacles (dont les piétons). J’avais une impression de familiarité. L’impression de reconnaitre un mode de vie semblable à ce que j’ai pu voir ailleurs. Sans que ça ne se fasse de façon réellement consciente, c’était évident que ça réveillait en moi une série de bons souvenirs de voyages, d’endroits aimés. 

Je suis rentrée à la guesthouse : l’appartement partagé des coopérants où j’ai été reçue avec chaleur et bienveillance. Un repas chaud m’attendait, mais surtout, une coloc des plus généreuse et accueillante. Gratitude infinie à Kettlina, qui, ce soir-là et dans les jours suivants, a été mon guide, avec Anne aussi, alors que j’étais sans repère. 







Sans repère. C’est plutôt cela qui a teinté les jours suivants. J’étais préparée aux conditions de vie : la chaleur, les coquerelles dans ma salle de bain, la toilette sans sa lunette, la douche sans chaleur, la poussière, le bruit incessant (possible que j’en parle souvent ça!), les fourmis qui attaquent chaque miette laissée sur le comptoir, les klaxons, la bière « bien glacée » pas froide du tout, les prix « pour la blanche » … J’étais prête à ça. Parfois, même, je me suis sentie détachée et peu impressionnable... Mais j’étais moins prête à ne pas avoir de repère. Ou de refuge, pourrais-je dire ? Je suis arrivée un samedi soir. Le lendemain, on m’a amené, avec le chauffeur du programme, faire mes courses dans un supermarché où il est possible de trouver plusieurs produits « comme chez nous ». Même si c’est l’endroit qui ressemble le plus à ma « normalité occidentale », je m’y sentais perdue. Je voulais bien m’acheter des denrées, mais je ne cessais de me demander "qu’est-ce qu’on mange ici ?" Je calculais le plus rapidement possible dans ma tête pour faire la conversion des francs CFA en dollars canadiens et je me rendais vite à l’évidence que si je tentais de manger comme à la maison, mon budget devrait être revu à la hausse! Je n’avais aucune idée de mes besoins (à part du papier de toilette et de l’eau), de mes futures habitudes, ou même de mes propres envies. Complètement en décalage, et pas juste horaire. Le "marché" en plein air (comprendre ici, le petit étal de coin de rue) où j'ai pu acheter mes fruits et légumes me semblait plus approprié, plus instructif. Voir même rassurant. 

De retour à la maison… Je me sentais désorientée. On m’a conduite dans la ville, amenée d'un endroit à l'autre. Mais je ne connaissais pas mon quartier. Je ne savais pas où me poser, me déposer. Ce n’est pas l’effet de nouveauté qui m’a déstabilisé. Ça j’en ai l’habitude. C'était autre chose. J’ai pris quelques temps à comprendre cette impression de manque de repère. Et j’ai trouvé deux raisons.

Normalement, quand j’arrive dans un nouveau lieu, mon premier contact est en tant que touriste. J’arrive dans un hôtel, une guesthouse, une auberge. Il y a des informations pour le nouvel arrivant, des restaurants, autour, pour les touristes. Je ne reste jamais dans ma chambre : je marche, j’observe, je choisis un endroit pour me poser. J'explore. Ma curiosité m'amène toujours plus loin. 

Ici, j’arrive dans un quartier résidentiel. Dans un appartement. Ce n'est pas fait, pensé,  pour les touristes. Il n’y a RIEN de touristique. Rien qui ne semble un endroit où je peux baisser ma garde et relaxer. Où je me sens confortable avec une, au moins minuscule, impression de familiarité. Nada. Je n'ai aucune idée de la direction à prendre pour explorer. Ni même quoi explorer. J'arrive dans la vie d'une habitante de Yaoundé, d'origine étrangère, de toute évidence. 

Sans transition. 

L’autre raison, c’est que je suis dans une grosse ville. Un beau grand espace plutôt bordélique de près de 3 millions d’habitants. Ce n’est pas une ville qui se découvre en marchant. Les distances sont grandes, les obstacles multiples et certains quartiers sont plutôt à éviter pour une marcheuse seule - et blanche. Je préfère les villages. J’ai toujours préféré les villages. Les endroits peu peuplés, avec de grands espaces autour. Où on respire. Ça ne correspond pas du tout à Yaoundé. 

Je suis dans la poussière et le bruit.
C'est mon introduction. 











Commentaires

  1. Chère Laurence, ta plume me fait voyager et presque sentir les odeurs…toute une adaptation!
    J’adore te lire☺️

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  2. Une introduction forte en émotions qui met tout en lumière des exigences d’adaptation hors du commun, un dépaysement qui sort vraiment du p’tit confort du quotidien. Ce n’est pas donné à tous ce désir de quête et d’aventure. C’est une expérience des plus enrichissante qui débute pour toi. Je suis convaincue que tu arriveras à trouver ton p’tit confort à toi dans ce grand chaos.
    J’te suis et je te suivrai jusqu’à la fin de cette aventure mon amie 🥰

    Karen xxx

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  3. Chère Laurence,
    Tes mots sont bien ancrés. Ils sont forts et me permettent presque de ressentir ce que tu vis. Ça n'a pas l'air facile. Et pourquoi ça le serait? Tu n'es pas une touriste cette fois-ci comme tu le dis si bien. Merci de partager cette "fenêtre sur la réalité". Une réalité bien différente de la réalité à laquelle nous avons accès ici "où tout va bien" (en apparence). Je te souhaite de trouver ton havre de paix en toi et autour de toi, même dans le bruit. On profitera du silence d'ici, pour toi, en attendant que tu reviennes nous partager ce nouveau monde. Quelle expérience! Tu es forte!
    Martin xox

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  4. Salut Laurence, c’est toute une aventure qui commence pour toi!
    Pour avoir vécu 3 mois au Cameroun (il y a de cela déjà 13 ans…), je peux comprendre le dépaysement total et même les frustrations qu’on peut ressentir, assez souvent! Je te souhaite de rencontrer de bonnes âmes qui deviendront tes points de repères et je te souhaite une expérience haute en couleurs (ça c’est pas trop difficile!). Au plaisir de te lire encore!
    Olivia

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  5. Que j'aime te lire Laurence, quelle plume! Bonne continuité!

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  6. Beau temoignage, conforme a la realite d'ici. Tout ce qu'elle dit est vrai. Je suis dans la meme equipe qu'elle. Pour la population, tout est un peu complique et les Camerounaises et Camerounais font preuve d'ingeniosite, de creativite, de courage et d'abnegation pour s'en sortir. Pour moi, ici, ce qui a ete difficile, ce sont les communications. Orange, une multinationale a presque tout pris mais le reseau est souvent en panne. Apres une semaine, ...Facebook a suspendu mes activites. Les pannes d'electricite frequentes affectent les ordinateurs. . Mais pour en revenir a Laurence on peut le dire, elle casse la baraque, remue terre (c'est le moment de le dire) et ciel pour definir son mandat. "Ca va bien aller" disent les Camerounais toutes les deux minutes. Oui, ca devrait bien aller pour cette belle Gaspesienne, Anne

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