Moi.
Moi. Descendre un peu plus bas, pour mieux remonter.
Six mois que je suis à Luang Prabang déjà, six mois que je vis à Luang Prabang. Depuis deux mois maintenant j'ai dépassé la durée maximale à l'étranger que j'avais atteint auparavant. Depuis un bon moment déjà, je ne me sens plus en voyage, j'ai vraiment l'impression de vivre ici. J'ai mon chez-moi, mon travail, mes amis, ma routine. Bien qu'elle soit à milles lieux de ma routine québécoise, j'ai bien une routine ici. Je continue d'être pleinement satisfaite d'avoir choisi de rester ici plus longtemps et je ne m'ennuie pas trop du Québec puisque j'ai encore un fort sentiment que ma place est ici pour le moment. Toutefois, qui dit routine, dit aussi réalité quotidienne avec ses hauts et ses bas. J'ai dernièrement eu une période en basse altitude!
Ici, je fais des rencontres à la tonnes! Assez pour en oublier le nom de certains. Il y a les expats, leurs amis de passage, les touristes, les voyageurs, ceux qui sont là pour 2 jours et ceux qui sont là pour 2 mois. Avec tout ça, les nouvelles rencontres s'accumulent... et les «au revoir» aussi. En vivant ici longtemps, on fini par éviter ceux qui ne sont là que pour quelques jours. On se fatigue vite des conversations de nouvelles rencontres « tu viens d'où? tu voyages pour longtemps? ...». On se prive ainsi certainement de quelques belles rencontres, mais au-delà de cela, on s'évite certainement une tonne et demi de conversations superficielles qui ne mèneraient à rien de plus profond. Mais, je réalise aussi que même au sein des expats, les relations et conversations restent, avec une majorité des gens, superficielles. On me dira qu'au Québec, c'est pareil, avec beaucoup de gens que l'on côtoie régulièrement, mais la différence, pour moi, est qu'au Québec, j'ai déjà un réseau social tissé serré et non pas seulement des connaissances. Ici, l'isolement social des expats par rapport au Laos (principalement par le mode de vie, les différences culturelles) et par rapport au reste du monde occidental, fait en sorte que la communauté est restreinte et plutôt fermée. Les mêmes gens se voient et revoient à longueur de semaines et de mois, parsemés ici et là de nouvelles arrivées et de départs, et une toile sociale se tisse, les fils se croisent et s'entrecroisent sans fin, mais restent à l'intérieur d'un périmètre restreint. Le monde extérieur à la toile est un monde étranger et menaçant pour l'équilibre interne, alors on n'y parle de son nombril et de celui des autres. Et pour varier et aller combler quelques manques, ont y boit énormément et on s'évade avec un petit joint. Souvent, je me sens comme un insecte d'une autre catégorie... un moustique, peut-être, qui peut voler d'une toile à l'autre, et s'y poser de temps en temps, mais qui, par chance, ne s'est pas encore entremêlé à travers les fils. En même temps, autant je ne désire pas m'y coller et rester pris, puisque ce monde ne me ressemble pas, autant, je ne peux m'en passer, car j'ai aussi besoin de socialiser... Ce sont ces constats qui m'ont donné la mine basse dernièrement... Mais heureusement, de belles personnes sont entrées dans ma vie et hop, la pente est remontée et le sourire est de retour!
J'ai eu le chance de voir passer pour quelques jours une Cayenne, une vraie de vraie! Ouf! Quel bonheur que de partager avec une fille qui a non seulement les mêmes origines, mais aussi les mêmes référents, les mêmes expressions, le même accent coloré et qui en plus partage une partie de mon réseau social Gaspésien et qui évolue dans un domaine professionnel fort relié au mien. La connexion est instantanée! La «parlotte nous va» comme dirait l'autre! On fait le plein, et le vide, et le re-plein, ça fait du bien! Comprendre l'autre et être comprise... me change bien du sentiment d'être étrangère parmi les étrangers, dans un pays étranger! Merci à toi!
J'ai aussi, et c'est un peu comme si je l'avais oublié lorsque je broyais du noir, de bonnes amies ici qui m'apportent beaucoup. Plus je les découvre, plus je les apprécie, et plus elles me surprennent aussi! Et c'est bon de ne pas se sentir seul dans le bateau, et de pouvoir s'exprimer librement!
Et, en plus, j'ai mes amis Laos. Ces amis, rafraîchissants, amusants, simples! Pas de tracas, pas d'horaire, que des hasards, des bons moments, des surprises, et des sourires. Quoi de mieux, quand ça va un peu moins bien, que de croiser par hasard au coin de la rue, un ami, qui te dit: «je cuisine ce soir pour des copains, joins-toi à nous», dans un mélange d'anglais et de laotien.
- À quelle heure?
- Maintenant!
- D'accord!
Et de se retrouver avec des amis et des inconnus, des Laos et des étrangers, de la bonne bouffe (un peu trop épicée, comme d'habitude), un verre de vin, des guitares, des bonnes blagues en français, en laotien et en anglais... c'est un peu comme un petite dose de bonheur qui te tombe dessus par hasard!
très beau texte
RépondreSupprimertu sais quoi ? moi, c'est en gaspésie que je me sens souvent ainsi
Oui, je te comprends, il y a des similitudes.... mais en Gaspésie, ça change! :)
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