Petite pause

J’ai écrit cet article au premier jour de juin. J’étais loin d’imaginer à quel point cette recharge de batterie me serait nécessaire pour la suite… 

 

Un pas de recul avant d’entamer le dernier droit : je me donne, ce week-end, une vacance dans mon périple. 

 

Certains pourrait penser que je suis déjà en « voyage ». Ce n’est vrai qu’en partie. 

Que je suis déjà en vacances… Ce n’est vrai qu’en partie. 

 


Par définition, un voyage c’est le « déplacement d’une personne qui se rend en un lieu assez éloigné de celui où elle réside » (merci, Antidote). C’est vrai que je suis dans un lieu assez éloigné d’où je réside normalement. Mais présentement, je réside dans cet endroit éloigné. Temporairement oui, mais assez pour que ça devienne « ma maison ». 

 

Les vacances, « temps pendant lequel on arrête le travail, les études : congé, période de repos » (Antidote, again). Il est vrai que je suis en congé de mon travail habituel. Mais je travaille. Sur un mandat temporaire certes, mais avec autant d’engagement et de rigueur qu’à mon habitude. 

 

Donc ce week-end, je suis en voyage et en vacances. Je suis de retour à Kribi – un lieu suffisamment éloigné de ma « résidence » à Yaoundé. Et je prends un petit temps d’arrêt du travail. Pendant 4 jours, je remplace les klaxons par le bruit des vagues; le bitume par le sable. Je donne à mes yeux le privilège de voir la ligne d’horizon - uniquement interrompue par quelques plateformes de forage. Je permets à mon corps de toucher l’Atlantique qu’il connait bien - quoi qu’un peu plus chaud qu’à l’habitude. J’accorde à mon visage la chance de se faire chatouiller par mes cheveux qui bougent au gré de la brise marine, à l’heure de l’apéro, quand le soleil est en train de descendre, que la température passe de chaude à douce, et que je me pose pour écrire. 

 


Une escapade solo, dont j’ai envie depuis un moment. Pour recharger ma batterie avant l’intensité du dernier mois au Cameroun. Oui, oui, même durant une année sabbatique j’arrive à faire baisser la charge de ma batterie interne! Mon naturel a galopé jusqu’à moi. C’est que je suis occupée à me bâtir une petite vie ici : construire un quotidien autour d’une semaine normale de travail, dans un contexte et un pays fort différents. 





Mon travail, je n’en ai pas beaucoup parlé. En fait, je me garde une gêne concernant mon mandat. Je suis ici en tant que coopérante volontaire – mon partenaire est un ministère d’éducation. Ça m’amène à avoir une certaine réserve dans mon partage d’expérience. J’ai vécu une tonne de chocs culturels, professionnels, relationnels, systémiques… Les classes, les conditions d’enseignement, les pratiques, les ressources disponibles… J’ai vu et constaté une réalité bien éloignée de celle que nous vivons chez nous. 

 


J’ai pris un rôle d’observatrice aussi longtemps que possible, avant de prendre la parole. Puis, avec le plus d’humilité possible, j’ai partagé mes connaissances sur l’éducation inclusive. J’ai fouillé pour trouver des sources de données fiables – plus proches de la réalité camerounaise que mes expériences de Nord-Américaine choyée. Je me suis rapprochée d’intervenant-es du terrain, pour mieux comprendre, mais aussi par intérêt et affinités sincères avec certains d’entre elles-eux. Et malgré tout, j’ai continué à cumuler des chocs et des surprises. 


 

Ironiquement, j’ai creusé des thèmes que je souhaitais approfondir depuis longtemps dans mon travail au Québec.

 

À travers mon implication dans ce mandat, j’ai pu constater comme j’ai du mal à diminuer mon niveau d’engagement, mon niveau de rigueur. Vu l’organisation ici, j’aurais eu mille raisons de baisser les bras, de tourner les coins ronds, de faire le minimum. Mais non, je m’impose le même niveau de qualité qu’à l’habitude. Je me suis donnée à fond pour construire une série d’ateliers de formation cohérente, accessible et riche à la fois. Je m’investis pleinement dans la rédaction d’un guide de formation pour que les formateur-trices du ministère puissent redonner ces ateliers… Et je le « twist » en même temps pour qu’il puisse aussi servir de guide d’autoformation pour les enseignant-es. Un beau casse-tête, dans lequel j’avance lentement, mais sûrement, constatant à chaque étape que ça prend bien plus de temps que je ne l’aurais cru… Alors que le temps file, aussi, bien plus vite que prévu. 

 

Je sais très bien que je ne laisserai pas ce guide incomplet avant de partir.

 

____ 

 



De la plage, je réalise que ma batterie s’est aussi affaiblie pour une autre raison. 

 

Il y a plusieurs années, j’ai, tout à fait consciemment, expérimenté l’effet d’intégrer un nouvel environnement pendant plusieurs mois et observé quel impact ça avait sur moi. J’avais alors fait de beaux pas pour respecter mes envies, mes choix : ne pas trop me laisser influencer par ceux des autres ou par la pression sociale. Force est de constater que j’ai encore du chemin à faire. Faire passer les besoins des autres avant les miens. Me fendre en quatre pour respecter un engagement – qui finalement est annulé par quelqu’un d’autre. Gruger ma batterie d’énergie en l’offrant aux autres…  Ouep, je tombe encore dans le panneau. Par peur de décevoir ? Pour une fausse croyance que ça prend ça pour qu’on m’aime ? Je ne suis pas tout à fait certaine. Mais j’ai encore quelques croutes à manger…

 

Mon week-end de pause c’est donc tout ça : recharger ma batterie, prendre du recul et surtout, profiter de la vie lente et douce d’un bord de mer! 




 

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