Cameroun. Mi-parcours



Trois mois derrière, trois mois devant. Le temps est élastique. Je pense que c’est encore plus vrai quand on est ailleurs. Selon le regard qu’on pose dessus, il change de vitesse. J’ai à la fois un « déjà ? » et « quoi, ça fait juste trois mois? » qui m’habitent. 

 

Un premier trois mois durant lequel j’ai construit un quotidien ici. Un petit réseau d’amis et de collègues. Un réseau de connaissance que je salue dans le quartier ou encore, que je croise à nouveau dans un événement professionnel. C’est rassurant ces sourires qui reviennent dans une marre d’inconnus. 

 

Un trois mois durant lequel, j’ai recréé des habitudes. Des nouvelles, comme des restos où retourner, des marchands préférés, un café où terminer ma journée de travail après une visite au Ministère. Et des anciennes, transposées ici : un petit circuit de course, mon yoga le matin, mon matcha latte (merci encore les parents pour cette livraison en personne de l’autre côté de l’Atlantique!). 

 

Durant lequel, j’ai (enfin) pu, me créer mon refuge : ma chambre ; où la propreté, l’odeur, le calme et le « confort » (sciemment mis entre guillemets) sont stables - et agréables. Et m’en trouver quelques autres, pour des congés ou pour un souper. 



 

Un premier trois mois, durant lequel j’ai observé, analysé et démarré le projet principal de mon mandat, bien parsemé de hauts et de bas, d’apprentissages, de contrastes culturels, d’attentes et d’orientations données (changées) à la dernière minute. Mais surtout, durant lequel j’ai pu dénicher des intervenants scolaires engagés, motivés et convaincus qu’ils ont un rôle à jouer pour favoriser l’inclusion scolaire. Des mois durant lesquels j’ai pu ressentir le support de mon équipe au programme. 


 

Durant lequel j’ai approfondie des relations amicales, me permettant de mieux comprendre la réalité camerounaise dans ce qu’elle a de choquant ou de beau, de prolonger ces conversations jusqu’à les amener dans les profondeurs, de dépasser le « convenable » et de dire le vrai. De vivre ensemble des soubresauts de la vie, des petites et grandes nouvelles, des frustrations, des ajustements, des moments ordinaires. Bref, les fondements d’une amitié. 

 

Un trois mois durant lequel, je me suis attachée à des gens. Durant lequel mon (grand) sens de l’engagement s’est activé: envers les amis, les colocs, les collègues du programme; envers les intervenants du lycée où je fais mon projet-pilote, envers les professionnels et bénévoles rencontrés ici et là dans les institutions et associations; envers les jeunes qui me reconnaissent d’une fois à l’autre, les étudiantes qui m’appellent maintenant « Tantine » et qui me demandent « c’est comment la neige? », et envers ceux avec qui je communique par gestes, regards ou via des traducteurs en langue des signes et dont les sourires valent mille mots. 

 

Un trois mois exigeant, de hauts et de bas émotionnels, d’adaptation, de système nerveux hyper sollicité. D’apprentissages, dont je ne mesure pas encore toute l’ampleur. Durant lequel oui, je me suis demandé si je restais, et dont la réponse a toujours été « non, je n’envisage pas rentrer plus tôt ». 

 

Parce que j’y vis quelque chose de grand. Que mon regard sur les personnes immigrantes ne sera plus jamais le même. Que ma sensibilité à l’autre devient d’autant plus grande, que ma conscience des réalités vécues ailleurs est augmentée. Parce qu’on ne cesse de grandir et d’évoluer et qu’ici, j’ai une sacrée école. 

 

Aussi parce que, même sans accepter ce qui me parait inacceptable, je m’adapte. Le temps passe plus vite. J’ai des projets. Et le tournant vers la deuxième moitié du mon aventure ici, m’amène à poser un nouveau regard sur le temps. Je bascule vers celui qui file: avoir le temps de mener à terme mon projet-pilote et d’en tirer le contenu transférable, de faire et voir tout ce que je souhaite avant de partir: retourner à Kribi, visiter Douala, l’Est et pourquoi pas, l’Adamaoua. Essayer ce fameux restaurant les pieds dans l’eau. Aller diner chez ce sympathique directeur d’un centre pour enfants handicapés, et rencontrer sa famille. Aller aux manèges avec mon amie Danièle et son fils qui me réclame. Aller voir un show de Cysoul au Palais des Congrès. Découvrir de nouveaux restos où je peux manger autre chose que des frites de pommes ou de plantain.

 


Mon regard, pour les trois prochains mois, est tourné vers ce dont je veux profiter, ce que je souhaite vivre pendant que je suis ici, avant de retourner chez-moi, là où tout me semble plus facile, vu d’ici. 


Commentaires

  1. J'ai eu des frissons de plaisir en lisant ton texte, Laurence 🤩
    Tu es en train de changer le monde!
    Je le vois clairement même si tu risques d'en douter ou nier par pudeur. Mais tu ne seras plus jamais la même à ton retour, tu nous l'affirmes toi-même. Par ton regard différent sur notre réalité qui défile dans l'automatisme, tu viendras y semer des milliers de petits gestes qui auront un effet de brise en atteignant tous les cœurs qui croiseront ton chemin. Et ça, c'est même sans compter tes pas au Cameroun. Merci de contribuer autant en une seule vie💚

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    1. J'ai oublié de signer😅
      Odrée!

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    2. Odrée… je vais m’assurer de penser te parler si j’ai besoin d’être remontée ! 🙏🏻🙏🏻🙏🏻

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    3. Merci de ton partage Laurence; il est touchant. Une expérience inoubliable.
      Love,
      Lise-Anne

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    4. Je pense être bien plus proche que tu puisses te l'imaginer🌞
      N'hésite pas une seconde🕊️
      Odrée

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  2. En tant que maman adoptante, je suis transportée par tes récits. Les apprentissages données et en même temps reçus sont immenses. Je souhaite que cet apport soit réinvesti en Gaspésie. Du beau, du vrai, du solide ! Laurence, je t’admire. Je me sens choyée de te lire et de partager un bout de ce quotidien Camerounais 🥰 Suzy xxx

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    1. Ton commentaire me touche Suzy… et m’amène à me projeter aussi. 😘

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  3. Ouf, frissons et boule dans la gorge en te lisant depuis la facilité de San Pancho. Full love amiga! Je te souhaite une 2e moitié remplie de tes désirs.

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    1. 🙏🏻🙏🏻🙏🏻 profites de la douceur ! Tu imagines comme j’apprends à apprécier la douceur, quand elle est là? 🥰

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  4. Laurence , quel récit fabuleux 🫶⭐️👌!!! Et le thème même du programme ( Wow!) est au coeur de l’ expérience humaine et unique que tu vis . Toi , Laurence notre gaspésienne, avec toutes tes racines et ancrages INCLUSE au Cameroun dans une culture singulière et à des années lumières de la culture québecoise . Mais je suis certaine que tes valeurs sont des bouées sur lesquelles tu peux mieux naviguer …À bientôt professionnelle d’exception! 🫶🥰 Chantal B.

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    1. 🥹🥰 merci! 🙏🏻
      Oui ces fortes valeurs… qui me lient à ceux-celles que je rencontre et qui portent les mêmes ! Inclusion au centre ….
      Je m’y plonge pleinement!

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  5. Magnifique texte ! Merci du partage!

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  6. Bravo Laurence pour ce beau parcours ! Et encore bien des decouvertes a faire, bonne deuxieme partie de mandat, ta collegue Anne

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  7. Coucou Laurence! Merci de nous faire voyager, te lire est toujours aussi inspirant! J’admire ton courage
    Bisous xxx Rose

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  8. Vraiment interessant de lire ton récit ma chère. C’est admirable ce que tu fais là-bas! Assurément une riche expérience de vie! Gros bisous Felix xx

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  9. Wow! Immenses apprentissages en si peu de temps. Je ne peux qu’imaginer tout que ce les gens qui te côtoient en retirent aussi! Xox Laurie-Anne

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