Trouver la douceur
Alors que le quotidien ne cesse de me faire voir la dureté de la vie camerounaise, j'ai entrepris, avec ma coloc court terme Emmanuelle, d'adoucir mes journées. Ensemble, nous avons choisi de partir à la recherche de ce qui est doux, de ce qui fait du bien. Une belle aventure, nous aidant à ajuster notre focus, à enfiler une paire de lunette, non pas rose, mais au moins jaune. Plus lumineuse.
Pour moi, ici, l'adaptation passe par l'acceptation. Accepter ce que je trouve pourtant inacceptable. Accepter cette "normalité" d'ici - acceptation que je ne transposerais jamais dans ma normalité de Québécoise. C'est un fragile équilibre à trouver : protéger ses valeurs, garder sa sensibilité ET accepter, s'adapter, se forger une carapace, une bulle de protection. Contre quoi? De quelle dureté, me demandez-vous? J'y reviendrai.
Aujourd'hui, je parle de douceur.
Je parle des petits îlots tranquilles à dénicher à travers la ville. Des gens qui font toute la différence. D'un énième après-midi de chaleur suffoquante adoucie, pour une fois, par de longues heures à se prélasser sur le bord d'une piscine. La tranquillité se paye en bidous, mais ça fait du bien ! De cette sortie hors de la ville pour visiter un endroit finalement sans aucun intérêt... mais qui me permet de voir la forêt, les plantations, les villages, d'entendre les sons de la nature sans la symphonie des klaxons, de me sentir en roadtrip, d'apprendre des chansons kitch camerounaise à écouter en boucle et à chanter à tue-tête pour préparer le prochain karaoke. Je parle de ce lieu improbable, caché derrière la maison d'un Camerounais ayant séjourné au Japon, où on peut aller manger un délicieux ramen, les lundis soir seulement. Du café coréen où je peux déguster du kimchi et boire un moka glacé des plus satisfaisant en vous écrivant.
Je parle de Danièle, cette Camerounaise avec qui je développe une belle amitié. De sa surprise, mais surtout, de l'ouverture soudaine et du sourire sincère qui ont remplacé son attitude distante quand je lui ai dit que j'étais orthophoniste. De la connexion et des nombreux points communs que nous avons. Des aventures et découvertes vers lesquels cela nous mène. Des conversations profondes et authentiques que nous avons à propos de notre profession commune, de l'amour, des deuils, de la famille, de la confiance. Je parle de cette amie qui m'amène découvrir sa petite ville, les terres familiales, ses lieux de recueillement. Je parle de celle avec qui déjà, je peux me montrer sensible et vulnérable. De celle qui me donne un cours de danse africaine dans une cuisine brûlante en cuisinant le fameux poulet DG.
Je parle de Kévin, cet ami enthousiaste, disponible, attentionné et des plus serviables. De sa compréhension de mes besoins de tranquillité et d'évasion du brouhaha citadin. Des endroits improbables qu'il me fait découvrir, des lieux "trop dangereux pour une blanche" où j'accède en laissant mon ami porter mon sac et me guider. Des restaurants, qui n'ont l'air de rien et où je découvre une cuisine différente. De l'attention qu'il met à préparer l'itinéraire de l'aventure dans laquelle il nous guidera, mes parents et moi, dans la région Ouest du pays. Des soirées de karaoké, de danse ou de billard où je vis des moments de rires à en avoir mal au ventre avec mes colocs et amis Camerounais.
Je parle de notre QG. Le petit bar bien bien basique au coin de notre rue. Celui où on va, finalement plusieurs fois par semaine entre filles. Où on commande le poisson braisé ou les brochettes avant d’entrer. Toujours aux mêmes dames qui sont heureuses de nous revoir, qui connaissent nos goûts et sont surprises quand on veut faire différent. Qui nous donne des petits noms affectueux. Qui nous font parfois de plus grosses portions de frites ou de plantains frits pour s’assurer de notre loyauté - la compétition est féroce entre les cuisinières de rues, à l’entrée des bars. Je parle aussi de la serveuse qui commence à être assez à l’aise pour profiter de notre présence pour des questions personnelles, des préoccupations pour lesquelles elle pense qu’on pourra l’aider.
Je parle aussi du club de randonnée. Le Yaoundé Hash House Harrier. Lieu intéressant de rencontre entre expats et Camerounais. Un rendez-vous hebdomadaire pour aller bouger et suer son eau de baptême en découvrant les différents flancs des 7 collines de la ville. ***Avis à mes amis raideurs : notre bush walking c’est de la petite bière. Ce « club de randonnée » porte un titre un peu réducteur: j’ai l’impression de faire un mini-raid chaque fois! C’est de la rando-extrême. Traverser une forêt dense ici, en cherchant les « balises » (des petits tas de bouts de papiers ou de farine), à travers les lianes où mes pieds s’enfargent continuellement, les fourmis qui piquent, les tiges pleines d’épines, les troncs qui ont l’air solides, mais ne le sont pas du tout, les 40 degrés Celsius, la poussière et l’air pollué, tout en montant « une face de singe », c’est un bon niveau d’intensité. Et c’est assez simple quand il ne pleut pas. Sinon, je vous laisse imaginer ce qui arrive aux petits bouts de papiers sous une pluie diluvienne… On ajoute les coulées de boues à travers les (pas de) sentier… Et les marcheurs/coureurs perdus qui font deux fois la distance faute d’avoir pu apercevoir ces fameux petits tas…! Bref, beaucoup de plaisir de type 2 et des jus et des bières bien méritées après!
Je parle de Patrick qui nous invite à une cérémonie de funérailles pour nous permettre de permettre d'assister aux danses traditionnelles. À Angèle, toujours partante pour nous rejoindre n'importe où en ville. Je parle aussi des petits moments de joie devant un couché de soleil, une pleine lune rouge. Des petites courses au Mont Fébé, le Mont-Royal de Yaoundé. Des après-midi à m’installer dehors avec un livre ou un carnet d’écriture, à l’abri du soleil, mais face à la petite brise qui daigne se pointer souvent en fin de journée. De ma capacité à trouver du bonheur, ma paix intérieure, même à travers le chaos.
Quel beau chemin...Les racines dans le chaos...
RépondreSupprimerOui, la force de mes racines, ancrées ailleurs qu'ici, me permettent de supporter les tempêtes ! ;)
SupprimerBravo belle Laurence
RépondreSupprimerDéjà tu trouve le sens
Tu trouve le beau
Là, je te reconnais dans ta belle nature.
La vie est bonne et belle
Parfois il faut juste changer le regard, s’adapter et le paysage change.
💙💙
Lb
Merci Li de voir cela en moi!
SupprimerJe ne me lasserai jamais de te lire. Ça me permet de me sentir proche. Que la douceur continue de ponctuer tes journées et tes rencontres humaines. Xxx Éli
RépondreSupprimerParce que tu as bien saisi que ce sont les rencontres humaines qui favorisent la douceur....!
SupprimerQue le douceur soit aussi avec toi...! xxx
Bravo Laurence de nous émerveiller avec tes écritures pleines d'images! Jako
RépondreSupprimerMerci Jako ! :)
SupprimerBravo Laurence merci de partager tes expériences pas toujours faciles.J’ai toujours hâte de te lire.
RépondreSupprimerJ'aime tellement te lire Laurence, tes descriptions font que j'ai l'impression d'y être...je pense à toixx Nathalie R
RépondreSupprimerMerci Nathalie! Ça me fait tellement toujours plaisir de te savoir derrière moi! Hâte de te revoir ! xx
SupprimerLaurence, quel bonheur de découvrir la shit load de douceur que tu as repérée!!! C'est une aventure de te lire... et je prendrai le temps bientôt d'écrire aussi. xxx
RépondreSupprimerMerci Maryève... à bientôt par écrit :) xx
SupprimerMagnifique chemin où la douceur se dévoile au fil des rencontres, derrière les aberrations et les dures réalités… Ça fait du bien de lire que tu réussis à la découvrir! Xxx Nathalie M.
RépondreSupprimerMerci Nath! Tu as bien saisi que même si j'y arrive, ça reste un effort de tous les jours. Tous les expats que j'ai rencontrés ici ont le même discours: chaque fois qu'on remonte la pente, qu'on voit la beauté et les beaux côtés, il y a un toujours un événement qui nous rappelle la dureté de l'endroit.
SupprimerMerci pour ton partage, on sent que la zone d’inconfort diminue graduellement... J’attendais le bout sur le Hash quand j’ai vu le t-shirt de ton ami Kevin « On On » .
RépondreSupprimerBruno L
Ha oui! tu connais les clubs H ? C'est ma première expérience ici, mais j'ai compris que c'était partout!
SupprimerOk, c'est officiel, j'ai pleuré en te lisant (ce n'était qu'une question de temps, tu me connais). Tellement contente de voir que ta lumière et toi réussissez à trouver de la douceur dans tout ce bruit et cette poussière. Mon p'tit coeur d'amie inquiète est un peu rassuré. Let's go les randos, déjà hâte que tu ramènes tout cet instinct développé à grands coups de sentier non-balisé à la maison. xxx
RépondreSupprimer🥹
SupprimerJ’ai lu ça comme une bande dessinée . Merci mon amie 🙏
RépondreSupprimerMathieu
Supprimerun compliment, venant de toi! merci xx
SupprimerÀ te lire, tu sembles commencer à devenir une local! Je suis vraiment heureuse que tu réussisses à trouver ces repères positifs dans cette jungle urbaine pas évidente à apprivoiser. Perso, je suis curieuse de tes ptites tounes kitchs camerounaises, si tu veux me swinger quelques titres! Xox Laurie-Anne
RépondreSupprimerC’est super de trouver des références à Montréal et à la grande ville, des activités urbaines branchées, des sorties sportives qui viennent te chercher, des locaux avec qui tu échanges en toute simplicité, et qui se révèlent pleins d’humanité. Plus on est loin, plus on se rapproche de son « soi ». Contente que tu vives toutes ces expériences tellement variées, avec tes lunettes jaunes. Ta quête de douceur est fabuleuse. Belle prise de position pour affronter les tourments d’un monde qui ne fait pas de cadeaux.
RépondreSupprimerFrance de St-Leonard
Bonjour, je suis Victoire Arbour, sœur de Isabelle. Elle m’a parlé du beau voyage que tu fais, car je connais bien des parents. J’aime ta façon d’écrire, tout en douceur, avec une belle façon de t’exprimer. Bravo et bonne continuité pour ce voyage.
RépondreSupprimerOh merci de ce message, il me fait plaisir ! J'aime bien aussi savoir que je suis lue, même par des gens que je ne connais pas! :)
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